Il n’y a qu’au camp que quelques jours semblent à la fois durer une éternité et en même temps un très court instant. De passage sur le camp, votre dévoué Cougar vous livre quelques fraîches impressions :

Le réveil sonne. 7h45. Pas un bruit dehors, si ce n’est le bruit d’une pluie fine sur la toile de tente. Petit coup au moral que de s’éveiller ainsi, mais il ne faut pas tergiverser face au perfide Morphée prêt à nous rappeller au fond du duvet bien chaud. Quel plaisir de retrouver la confortable duretée des croutes de bois dans le dos la nuit. Hop hop chaussettes enfilées, puis la première difficulté avec les chaussures encore mouillées de la veille. Le plus dur est fait. Le camp est encore endormi, les rouchies louveteaux sont silencieuses. Le ciel gris n’est pas très accueillant, mais les responsables m’ont prévenu : « il pleut un peu tous les jours, faut s’y faire ». Ambiance floc-floc les pieds dans l’eau en traversant la plaine.

Au loin j’entends la petite voiture du boulanger qui arrive tant bien que mal menacant de s’embourber à travers les champs. Entre trous et bosses, le gentil et courageux artisan vient nous livrer notre ration quotidienne de 50 baguettes. Petite discussion sur le temps a venir. Confirmation de commande pour le lendemain, et le voilà reparti continuer sa tournée.
Quelques bruits de fermetures éclairs, duvets et tentes s’agitent. Les responsables ne vont pas tarder. De toute façon ils n’auraient pas pu dormir plus longtemps, l’horloge biologique des louveteaux sonne aussi. Quelques chuchotements, qui se transforment rapidement en cris et rires. La meute se réveille progressivement; tandis que les responsables font chauffer le lait et commencent à sortir la confiture et le beurre. Heureusement la fine pluie s’est arrêtée. Peu importe, les tables sont bien serrées sous une solide bâche qui offre un abri certain au centre du coin de vie louveteaux et lutin. Les enfants ne sont en rien gênés par la grisaille; et il est agréable de voir leur innocence dans la répétition des gestes du petit déjeuner. Tels des petits automates, les paupières encore lourds, ils coupent, tartinent et mastiquent à tout va, dans le ballet incessant des guêpes en quête d’un peu de sucre laissé par les envahisseurs aux foulards bleus. Là encore, pas impressionné par ces déplaisantes petites bêtes jaunes et noires, les louveteaux terminent leur repas sous le regard des responsables dont les têtes pensent déjà à la préparation de la journée.

L'inimitable bona de chocolat du matin. Savant dosage de choco en poudre et de lait. Une recette secrete qui se passe de respons en respons depuis des generations

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Rien ne semble avoir changé au groupe Charcot

Pas même le traditionnel petit déjeuner où je retrouve avec volupté les mêmes bonas, les mêmes bols, le même bon pain frais, les mêmes tables que lors des 10 derniers camps…
Alors que les responsables éclés sifflent le début de la journée, il faut partir aux courses. Conduire un camion c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Les réflexes reviennent vite au supermarché : 150 abricots par ci, 80 brioches par la, un coup de fil au camp pour savoir s’il reste bien du papier toilette et les 2 caddies quotidiens passent de la caisse directement au camion. Oui on ne s’embête pas, on embarque les caddies sur le camp, c’est plus simple ainsi.

Retour au camp, il faut faire un service d’eau, les jerricans sont presque vides. Rapidement 2 responsables chargent les bidons vides, et en 20 minutes l’aller-retour au cimetière est réalisé. Au passage ils ont pensé à ramener les téléphones portables des responsables qui chargeaient cette nuit, ainsi que le paquet de knaki manquant qui était ensevelis sous le tas de bananes du gouter du lendemain dans le frigo. Il faut penser à remonter également les poubelles, car demain c’est l’unique journée de ramassage qu’il ne faut surtout pas manquer, surtout quand on sait le nombre de poubelles générées par le camp (imaginez une petite colline odorante, et vous serez proche de la réalité).  Les responsables répartissent rapidement les courses entre les unités, puis entre équipages. Déjà des colonnes de fumées s’élèvent au-dessus de la forêt des éclés. C’est bon signe : ils ont réussi à allumer leurs feux, malgré l’humidité de ce matin. On peut ansi voir un avantage à la pluie en terme de technique, car un camp sous la pluie développe les habilités scoutes de façon exponentielles : allumer son feux, garder ses affaires rangées au sec, ou encore faire sa vaisselles etc ; tout se fait plus vite ! Bon, bon oui ca reste encore théorique parfois…

Une fois le copieux repas englouti, des éclaircies pointent le bout de leur nez. De bon augure pour les activités de cette après-midi. Pendant que les louveteaux font la sieste, je décide de profiter de la rivière pour un petit bain. Pas un bruit derrière les douches, la fraicheur et la beauté des berges de la Saulx est appréciable. Au loin j’entends les éclés qui  mangent le long de la rivière qui longe le camp. Vers 15h00 c’est la reprise des activités. Les uns chantent le rassemblement, déguisés en improbables personnages sortis de nulle part en annonçant je-ne-sais quel bouleversement que les loups vont devoir affronter à travers moultes épreuves et pistes d’aventures. Les autres réunissent la troupe en conseil, pour discuter de l’exploration du lendemain, des règles à suivre, des détails organisationnels.

Mais voici qu’il faut conduire un enfant chez le médecin, rien de grave, simplement faire enlever les 2 points de sutures qui lui ont été posés quelques jours auparavant. Au passage il faut bien penser à aller chercher le courrier chez Mr le Maire ; confirmer à la gendarmerie les itinéraires d’explo éclés ; déposer à la laverie un duvet ayant été accidenté durant la nuit ; trouver un café avec internet pour publier un article sur le blog VO et récupérer à la gare les responsables lutins qui reviennent aider sur le camp.  Coup de fil en chemin, et hop un petit détour à la pharmacie pour acheter 3 tubes de biafine pour les équipages. Au retour au camp, les serviettes de la douche peinent à sécher sur la plaine. Entre les averses, les responsables courent les étendre puis les mettre au sec à la moindre ondée. Petit jeu du chat et de la souris face aux éléments.

Voilà que vient à nouveau le moment de préparer l’intendance pour le diner. La boue commence à considérablement prendre l’avantage sur les chaussures ; on pallie au risque de glissade avec quelques croutes autour des tables. Une louvette a perdu sa dent. Il faudra informer la petite souris ou se trouve son lit de camp dans sa rouchie. Il faut aussi faire répéter les louveteaux qui prononcent leurs promesses ce soir pendant que la sizaine de table dresse le couvert. « Je  promets de faire de mon Mieux pour rester fidèle a la loi des louveteaux », parfait, la progression scoute se poursuit et continue de voir les enfants embrasser les valeurs de la jungle : partage, écoute, respect, solidarité, confiance. Le diner est vite avalé, c’est que le grand air ça creuse ! Brossage de dent et veillée pour tous. Aux éclés ça sera match d’improvisations en petites équipes. Les jeunes doivent improviser des situations en sketchs sur un thème choisi, en ayant très peu de temps de préparation. Les autres équipes servent de jurys, tandis que les responsables ajoutent des contraintes (mots, situations, style de sketch) et se prête au jeu avec brio face à la HE. Bonne tranche de rire et révélations de certains talents. Nous passons aux chants calmes, pour préparer les esprits à la douce nuit qui se profile. C’est encore raté pour ce soir, l’excitation est bien présente à entendre les cris provenant des coins d’équipages. Les responsables vont passer calmer ce beau petit monde d’ici peu.

Pendant ce temps, les louveteaux sont déjà au pays des rêves

Les responsables vont attaquer la réunion bilan quotidienne suivie du «5eme », comprenez le cinquième repas – moment privilégié entre responsable pour décompresser et profiter du crépuscule qui descent sur le camp. Bilan de chaque unité, points positifs et négatifs. Discussion autour ce qui s’est mal passé, du comportement d’un enfant ou d’un retard de timing sur une activité. Chacun acquiesce, on aurait du s’y prendre autrement, la prochaine fois nous le saurons. La fatigue est bien visible sur les visages marqués. Le directeur du camp mène la discussion. Analyse de la journée du lendemain, les informations importantes sont partagées et les tâches communes réparties. Untel m’accompagnera aux courses, untel demandera la confirmation de visite au musée et l’horaire exacte à la compagnie d’autocar ; un autre enfin sera chargé de coordonner et préparer la veillée commune du lendemain. On sort quelques paquets de gâteaux, on met de l’eau à chauffer pour le thé tandis que certains s’éloignent  déjà vers leurs tentes. L’intendante finalise encore la liste de courses pour le lendemain pendant que le trésorier collecte les talons de chèques et les factures pour faire le rapprochement. En attendant, on lâche prise, ça discute de tout et de rien, de l’actualité qui parait si lointaine pourtant, on se rapproche les autour du feu, on échange sur la vie. Quelques-uns restent chanter quelques chants au pieds du mât, chansons parfois oubliées que nous voudrions faire redécouvrir aux jeunes, pour leur histoire, leur sonorité ou simplement l’enrichissement de leur répertoire. Longue et belle journée que celle de responsable sur un camp.

Demain on annonce du beau temps. La difficulté est de ne pas y croire pour éviter de vivre à nouveau la « fausse joie » du matin. Ce que les responsables savent pourtant au plus profond d’eux-mêmes, c’est que peu importe la météo ou la fatigue, l’essence de leur motivation matinale réside dans l’enthousiasme et l’ardeur des jeunes. Et d’ici quelques heures la magie du rituel du petit déjeuner va opérer à nouveau.

*****

Je m’attendais à la chaleur estivale, mais c’est finalement la pluie qui s’est invitée. J’imaginais les reliefs abrupts et cabossés du sud de la France, à la place j’eu droit aux immenses étendues plates de la Champagne. Pourtant rien n’a changé dans l’esprit. La simplicité de se retrouver, ensemble, pour vivre en pleine nature loin des plaisirs futiles de la ville est inébranlable. Les enfants vivent une expérience qu’ils ne pourront revivre nulle part ailleurs, ou chaque heure apporte son lot de découvertes, de rires, de nouvelles sensations, d’émotions et parfois de petits bobos aussi. Mais le plus beau là-dedans c’est que les respons aussi se retrouvent, grandissent à côté des enfants, prennent des responsabilités et surtout participent à servir l’idéal scout de former des citoyens actifs, joyeux et utiles, comme l’avait énoncé BP il y a plus de 100 ans maintenant. Alors pourvu que ça dure, et longue vie à ces camps !

Je reviendrais l’an prochain. Mais plus longtemps cette fois!

coug

/Cougar

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